L'or : au plus haut depuis 2013 - Le pétrole : au cœur des tensions entre l'Iran et les États-Unis

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM, analyse le cours de l'or au plus haut depuis 2013 et le pétrole au coeur des tensions entre l'Iran et les États-Unis
Radio Classique - Le Focus Eco - Emission du 07/01/2020

L'OR

L'or se situe au plus haut depuis 2013 : l'once a surpris beaucoup d'investisseurs en franchissant récemment le cap de 1600 dollars, conséquence directe du retour du risque géopolitique qui ne cesse de s'accroître.

L'intérêt pour l'or se renforce systématiquement dans les situations de tensions internationales, contexte dans lequel les investisseurs cherchent à réduire le risque de leur portefeuille. Ceux-ci se reportent donc vers des actifs moins risqués, considérés comme « refuges », et se dirigent le plus souvent vers les obligations d’Etat, poussant ainsi les taux d’intérêt à la baisse.
Ne rapportant aucun rendement, l’or est généralement peu considéré par les investisseurs qui lui préfèrent les actions offrant un dividende ou les obligations versant un coupon.
Mais actuellement, les coupons sont très faibles voire négatifs pour certains émetteurs comme la France qui prête aujourd’hui de l’argent à taux négatif.
Dans une telle situation, même si l’or ne rapporte rien, certains investisseurs pensent que ce « rien » est toujours mieux « moins que rien » et s’intéressent donc à nouveau à l’or ce qui explique le niveau des cours actuel, au plus haut depuis 6 ans.

LE PETROLE

Après un bond de plus de 3% vendredi dernier en raison des tensions au Moyen-Orient directement liées à l’assassinat du Général Qassem Soleimani par les Etats-Unis, le marché du pétrole s’est montré plutôt calme en ce début de semaine avec un brent à +0,45%.
Malgré cette accalmie, les experts du pétrole restent inquiets. Existe-t-il un risque de choc pétrolier au vu des événements qui s'accélèrent entre l'Iran, l'Irak et les Etats-Unis ?

Cette action des Etats-Unis a eu des effets directs au Moyen-Orient :

  • Aussitôt après l'annonce de la mort du général Soleimani, le président iranien a promis que l'Iran prendrait sa revanche sur l'Amérique.
  • Retournement de situation en Irak (pays dans lequel l’assassinat a eu lieu) où la population, pourtant lassée de la présence iranienne sur son sol, se retourne contre les Etats-Unis et demande aux américains de quitter son territoire.

Aujourd’hui, la crainte des marchés repose sur les fortes conséquences que pourrait avoir la vengeance de l’Iran si elle se traduisait par des frappes contre les américains sur le sol irakien. Dans ce cas-là, les prix du pétrole s’en verraient extrêmement impactés.
Pour le moment, le marché pétrolier est assez peu affecté en raison de l’arrêt des exportations iraniennes mais si la situation s’embrasait ou si l’Iran s’attaquait aux installations pétrolières en Arabie Saoudite comme l’été dernier, l’approvisionnement en pétrole pourrait se voir fortement perturbé.

Le détroit d'Ormuz, zone stratégique au cœur des tensions Iran/États-Unis ?
Il est peu probable que l’Iran utilise le détroit d'Ormuz comme zone stratégique pour ses représailles face aux Etats-Unis et ce, pour plusieurs raisons :

  • Les forces américaines en présence dans la région sont trop importantes.
  • Bloquer le détroit d’Ormuz s’opposerait à toutes les réglementations internationales et ce n’est pas dans l’intérêt de l’Iran de se faire bouder par l’opinion internationale. Les iraniens se posent aujourd’hui comme victimes et voudraient répondre dans un cadre légal.