La remontée des taux en Europe traduit-elle une normalisation à venir ?

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management analyse la remontée actuelle des taux
BFM Business - Intégrale Bourse 13/01/2020

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management

Le contexte actuel tend à une certaine normalisation, comparé au mois de septembre où le 10 ans allemand affichait -0,7% et le 10 ans français environ -0,4%. A cette période, un très fort cycle de baisse des taux par la Banque Centrale Européenne était anticipé mais finalement, seule une baisse de 10 points de base a eu lieu en septembre.
Aujourd’hui, le marché n’envisage aucune autre baisse à venir ce qui notamment explique la remontée des taux longs :

  • si le marché anticipe des probabilités significatives de baisse des taux d’intérêt, la partie longue de la courbe les prend en considération et baisse ;
  • à l’inverse, si le marché est convaincu que la Banque Centrale ne baissera plus ses taux alors la partie longue de la courbe aura tendance à remonter très naturellement.

L’autre facteur favorable à la hausse des taux est l’amélioration du sentiment macroéconomique et géopolitique, notamment la signature de l’accord entre la Chine et les Etats-Unis attendue cette semaine.
Les « bonnes nouvelles » sont probablement déjà intégrées dans les niveaux de taux actuels (autour de -0,20% sur l’Allemagne et +0,10% sur la France) donc aucune place n’est faite à la déception (accord sino-américain) Il est cependant raisonnable de penser que les taux d’intérêt continuent d’augmenter, notamment sous la pression de l’inflation qui semble donner des « signes de vie » en zone Euro.

Publication du « Beige Book »
Ce rapport sur l’état de l’économie américaine est publié toutes les 6 semaines et sert de référence pour les décisions prises lors des réunions de la Réserve Fédérale Américaine.
Aux Etats-Unis, le contexte actuel reste plutôt clair avec une croissance relativement « solide » (taux de croissance autour de 2% en rythme annuel) et à court terme, aucun facteur ne peut laisser entrevoir un risque d’entrée en récession.
L’économie reste très résiliente. Et même si le dernier rapport sur l’emploi paru la semaine dernière affiche un ralentissement des créations mensuelles, leur nombre reste très significatif (au-delà de 150 000 le mois dernier) avec une croissance des salaires autour 3% et un taux de chômage au plus bas depuis 50 ans.
La Réserve Fédérale Américaine n’a donc aucune raison de bouger ses taux d’intérêt, ni à la hausse ni à la baisse. Aujourd’hui, seule une accélération de l’inflation pourrait l’obliger à augmenter ses taux et elle ne les baisserait qu’en cas de « coup de froid » sur l’économie américaine. Mais pour le moment, aucun de ces deux éléments n’est perceptible dans les statistiques américaines.

Publication des minutes de la Banque Centrale Européenne suivie de la prise de parole de Christine Lagarde
Comme précisé par Christine Lagarde en décembre 2019, la BCE va entrer en phase de « travaux » d’évaluation de sa politique monétaire et de l’ensemble des outils mis à disposition depuis 2014/2015 et cette période devrait s’étaler sur plusieurs mois.
A très court terme, les prises de paroles seront toujours très intéressantes à suivre mais ne donneront donc pas d’orientation précise, d’autant qu’aucun mouvement de la BCE n’est attendu.