Décès de l'ancien patron de la Fed – Quid des élections anglaises et des tarifs douaniers ?

BFM Business - Intégrale Bourse 25/11/2019

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management

Paul Volcker, l'ancien patron de la Banque Centrale américaine (Fed) de 1979 à 1987, est décédé à l’âge de 92 ans. Durant sa présidence, il est parvenu à maîtriser l’inflation galopante aux Etats-Unis en relevant les taux directeurs de l’institution jusqu’à 23% afin d’endiguer l'emballement des prix au début des années 1980.

À la suite de cette action se sont ensuivis 30 ans de détente des taux d’intérêt et quasiment aucune perspective de les voir remonter à 5% aux Etats-Unis ou à 3% en Europe à un horizon réaliste.
Le contexte actuel est radicalement différent de celui de l’époque plongé en plein choc puis contre-choc pétrolier. La dynamique démographique a changé et les économies se sont complètement ouvertes « pour le meilleur et pour le pire » avec des guerres commerciales qui les animent aujourd’hui. Les habitudes de consommation ont également évolué, notamment dans le cadre de la transition énergétique qui pousse les consommateurs à se montrer moins énergivores et plus responsables.
C’est au regard de l’ensemble de ces changements que les Banques Centrales tentent de relancer l’inflation mais, de manière objective, il est complexe de trouver par quel biais elle pourrait réaccélérer fortement aux Etats-Unis et en Europe.

Quels sont les événements de la semaine les plus importants en termes de dynamique potentielle des marchés ?

Aucun changement significatif dans leur communication n’est attendu de la part de la Fed ou de la BCE, ce qui ne devrait pas influencer la dynamique des taux d’intérêt et des actifs risqués à très court terme.
La prise de parole de Christine Lagarde lors de sa première conférence de presse ne devrait pas modifier les scénarios de marchés. Le seul engagement qu’elle ait pris pour le début d’année prochaine repose sur une revue des outils à disposition et de la politique monétaire menée par la BCE ces derniers temps. Cette action est probablement un premier pas vers les récents dissidents, dont les banquiers centraux allemand, autrichien et néerlandais farouchement opposés à une reprise du Quantitative Easing, afin de recréer une forme de leadership autour d’elle et d’unité du Conseil des gouverneurs.
Finalement, le seul élément important du côté des Banques Centrales va se concentrer sur leurs nouvelles projections économiques.

Les deux événements intéressants et incertains sont :

  • Les élections anglaises. Les sondages affichent en moyenne 10/12 points d’écart entre les conservateurs et les travaillistes mais compte tenu des prévisions de sondages réalisés ces dernières années qui ne se sont pas réalisées notamment en Angleterre, le risque est bien présent pour les marchés financiers en cette fin d’année. En effet, ces derniers ont « acheté » une majorité du parti conservateur en raison d’une certaine lassitude concernant le brexit, espérant qu’en cas de réussite, le deal glané par Boris Johnson en octobre soit approuvé. Cette étape passée, le contexte nécessitera ensuite de longues négociations sur les accords bilatéraux entre l’Union européenne et l’Angleterre.
  • L’augmentation des tarifs douaniers par les Etats-Unis. Le marché semble avoir acheté l’hypothèse d’un accord partiel entre la Chine et les Etats-Unis et donc un report de ces droits de douanes. Si finalement ces derniers étaient instaurés, les marchés subiraient à nouveau de la tension, les taux d’intérêt baisseraient légèrement et les actions seraient impactées négativement.