BCE : qu’attendre de la revue stratégique de Christine Lagarde ?

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management répond à la question : qu’attendre de la revue stratégique de Christine Lagarde ?
BFM Business - Intégrale Bourse 20/01/2020

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management

Lors de la réunion de la Banque Centrale Européenne qui se tiendra ce jeudi, aucune grande annonce n’est attendue en ce qui concerne la politique monétaire. L’attention sera essentiellement tournée vers la communication de Christine Lagarde qui devrait fournir plus de détails sur la revue stratégique prévue au cours des mois à venir. Il est probable que cet audit porte sur l’analyse des objectifs, notamment en termes d’inflation autour de la cible de 2%, le rôle que la BCE pourrait jouer dans le changement climatique et une possible évolution de la communication de l’institution, peut-être à l’image de celle de la Fed avec sa publication de « dot plots ».

Analyse des objectifs
La seule revue stratégique date de 2003. Celle-ci avait donné lieu à deux modifications, dont l’une sémantique concernant la cible des 2% : « close to but below 2% ».
Aujourd’hui, un nouveau changement est attendu sur cette cible avec l’introduction d’un biais « plus de symétrie » où l’objectif de la BCE serait d’avoir une inflation autour de 2%, permettant une plus grande marge de manœuvre.

Rôle de la BCE dans le changement climatique
Depuis novembre 2019, la BCE a relancé son programme de rachat d’actifs (20 milliards d’obligations gouvernementales et d’entreprises par mois) dans lequel Christine Lagarde semble vouloir privilégier les obligations dites « vertes » dans l’objectif d’inciter les Etats et les autres émetteurs à se financer à travers des projets « durables ».

Existe-t-il un risque pour que d’ici quelques mois le discours des Banques Centrales devienne moins accommodant ?

Les Banques Centrales, notamment en Europe, ont matière à adopter un ton moins accommodant. Et des inflexions peuvent arriver de manière brutale : en 2018, la Fed a monté quatre fois ses taux d’intérêt pour changer son discours en fin d’année et baisser à nouveau ses taux par trois fois l’année suivante.

Il est plausible que la BCE modifie sa communication au vu du peu de justifications à maintenir des taux d’intérêt à des niveaux si fortement négatifs en zone Euro. Mais les entreprises ont-elles la capacité d’absorber une remontée des taux d’intérêt et si oui, dans quelle ampleur ?
La BCE, qui veille sur la santé de l’économie de la zone Euro depuis 8 ans, n’a aucun intérêt à provoquer un mini-krach obligataire. Elle devra donc manier sa communication avec beaucoup de finesse pour indiquer que la baisse de taux est terminée et modifier éventuellement certains curseurs pour alléger le fardeau des taux négatifs, notamment pour les banques, tout en pilotant la partie longue de la courbe pour éviter que les taux à plus long terme remontent et impactent les ménages, les entreprises mais également les Etats qui ont besoin de se financer.